Biographie de

Biographie de
PATRICE LUMUMBA


En octobre 1959, le MNC organise une réunion unitaire à Stanleyville avec d'autres partis qui sont d'accord pour réclamer l'indépendance immédiate et inconditionnelle. La foule congolaise qui assiste à la réunion manifeste son approbation. Les forces de l'ordre interviennent, essayant d'arrêter Lumumba. Ne pouvant y arriver, elles tirent dans le tas, faisant 30 morts. Deux jours plus tard, Lumumba est arrêté pour avoir appelé à la désobéissance civile et au boycott des élections organisées par le pouvoir colonial tant qu'une décision n'est pas prise pour la formation d'un gouvernement congolais.

Le procès se déroule du 18 au 21 janvier, et il est condamné à 6 mois de prison. Début 1960, le 11 janvier, une table ronde réunissant les différents acteurs congolais impliqués dans l'indépendance et le gouvernement belge est prévue pour...le 20. Lumumba qui est toujours emprisonné ne peut donc y participer. Malgré les oppositions internes, les différentes parties congolaises en présence exigent la participation de Lumumba à la conférence. Ce dernier arrive à Bruxelles le 26. A la table ronde, la date de l'indépendance est fixée au 30 juin et les congolais sont les premiers surpris de ce succès qu'ils n'attendaient pas.

En mai, des élections sont organisées et le MNC de Lumumba arrive en tête. Lumumba, malgré une première volte face du gouvernement belge est chargé de former le gouvernement congolais et Joseph Kasavubu obtient la présidence (dont les pouvoirs sont surtout symboliques).

Fin juin, plus précisément le 30, le roi et le premier ministre belges sont présents lors de la cérémonie de proclamation de l'indépendance au palais de la nation à Léopoldville. Après les discours des uns et des autres, c'est alors que l'inattendu arrive. Se déclarant prêt à accepter l'assistance de nombreux pays étrangers dont la collaboration sera loyale et qui ne chercheront pas à imposer quelque politique que ce soit, Lumumba brise le consensus de ce qu'on appellerait aujourd'hui le "politiquement correct".

# Posté le samedi 21 janvier 2006 04:22

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 06:14

Biographie de

Biographie de
PATRICE LUMUMBA



S'adressant non au roi Baudouin, devenu blême, mais aux "Congolais et Congolaises, combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux", il rappelle ce que fut "l'humiliant esclavage" imposé par ce Léopold II dont Baudouin vient de glorifier le génie: "Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir: accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres". (...)


Patrice Lumumba est salué finalement par une véritable ovation. Pour les notabilités belges, depuis le roi Baudouin, livide jusqu 'au Premier ministre Gaston Eyskens, en passant par le général Janssens, commandant en chef de la Force publique, l'affront est peut-être de ceux qu'on ne pardonne pas.


Le 5 juillet, après une mutinerie des soldats congolais de la Force publique contre les officiers belges qui refusent l'africanisation des cadres, Lumumba décide d'africaniser les cadres de l'armée, ce qui rend impossible le contrôle du gouvernement congolais par l'ex puissance coloniale. La Belgique envoie des troupes au Katanga où se trouve Moise Tshombe qui peut être considéré comme son homme de paille, ce dernier déclare la sécession du Katanga, la province la plus riche du Congo (elle génère 2/3 des revenus du pays, et l'Union Minière du Haut Katanga, contrôlée par des entreprises américaines, britanniques et belges produit 60 % de l'uranium mondial, 73% du cobalt, 10% du cuivre...).

Lumumba demande l'intervention de l'ONU qui envoie des troupes partout sauf au Katanga, et refuse de s'opposer à "l'indépendance" du Katanga dont elle n'ignore pas l'illégalité.


En septembre, Joseph Kasavubu qui est devenu un adversaire de Lumumba le démet de ses fonctions de premier ministre, mais celui ci est confirmé dans ses fonctions par la chambre et le sénat congolais. Mi septembre le colonel Mobutu qui effectue là son premier coup d'Etat "neutralise" le gouvernement, (qui est remplacé par des "commissaires") jusqu'au 31 décembre.

En octobre, la résidence de Lumumba est encerclée et il est maintenu en résidence surveillée. Fin novembre, Lumumba essaye de s'enfuir afin de gagner Stanleyville alors aux mains de ses partisans. Il ne réussit pas et est rattrapé par les soldats de Mobutu, frappé et molesté en présence de troupes ghanéennes de l'ONU, qui restent impassibles sur ordre de leurs supérieurs. Lumumba est détenu à Tsyville en compagnie de joseph Mpolo et de Maurice Okito.

Mi janvier, ils sont transférés à Élisabethville, aux mains de leur ennemi numéro un Moise Tshombe. Les trois hommes sont abattus d'une rafale de mitraillette par des militaires katangais en présence de trois officiers de nationalité belge après avoir été torturés.


En fait assassiné à 36 ans, Lumumba a passé six ans de militantisme et six mois au pouvoir. Durant sa courte vie et encore sa plus courte « carrière » politique, Patrice Emery Lumumba aura tout synthétisé : la prise de conscience de l'oppression coloniale dans ses aspects les plus brutaux, ceux de l'administration belge ; la volonté d'indépendance, exprimée dans un défi sans concession ; le refus de tous les particularismes régionaux ou tribaux ;

la méfiance à l'égard d'une « bourgeoisie nationale » trop prompte à se substituer au colonisateur ; le rêve d'une Afrique unie solidaire des autres mouvements de libération du Tiers Monde ; enfin, la coalition contre lui des petits traîtres locaux ainsi que des grands intérêts privés et publics étrangers.

"Un jour, l'histoire aura son mot à dire, mais ce ne sera pas l'histoire qu'on enseigne à l'ONU, à Washington, Paris ou Bruxelles, mais l'histoire qu'on enseignera dans les pays libérés du colonialisme et de ses marionnettes. L'Afrique écrira sa propre histoire. Une histoire faite de gloire et de dignité".

# Posté le samedi 21 janvier 2006 04:27

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:24

Biographie

Biographie
Joseph Désiré Mobutu

1930-1997

Né à Lisala, le 14 octobre 1930, il est prénommé Joseph-Désiré et est l'aîné d'une famille de quatre garçons. Son père, Albéric Gbémani, est chef cuisinier chez les missionnaires capucins de Molegbe, en pleine brousse


équatoriale. Sa mère, elle, s'appelait Marie-Madeleine Yemo et avait déjà eu deux enfants d'un premier lit avec un chef tribal de Kawele. Il arrive pour la première fois à Léopoldville (Kinshasa) en mars 1934 en compagnie de ses parents; entré à l'école primaire Saint-Anne en 1937, il est contraint de la quitter en classe de quatrième année.

A la mort de son père, le 11 août 1938, il est pris en charge par son grand père paternel et son grand oncle dont il porte le nom. Il est, dés lors, placé chez les Scheutistes et les Capucins à Molegbe, Bwamanda, Mawuya et Libenge. Sa scolarité se poursuit à l'Ecole Moyenne, tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes à Mbandaka (Coquilhatville).

En février 1950, il est enrôlé à la Force publique et envoyé à l'école centrale de Luluabourg (Kananga) pour suivre la formation de secrétaire-comptable dont il obtient le brevet en 1952. Troisième de sa promotion, il est affecté en 1953 à l'Etat-Major de la Force Publique à Kinshasa.

Là, il collabore à la rédaction du journal de l'armée "Sango ya bisu" et, bientôt, à celle du journal l'Avenir (l'Avenir colonial belge). En effet, le 5 janvier 1956, la direction de ce journal décide d'ouvrir ses colonnes aux Congolais dans les "Actualités Africaines" et fait paraître certains articles signés d'un certain "De Banzy", qui n'est autre que le jeune Mobutu.

L'utilisation du pseudonyme s'explique par le fait qu'un soldat n'avait pas le droit d'écrire dans un journal civil. De Banzy dérive de "de Banzyville", son territoire d'origine, actuellement Mobayi Mbongo. Libéré de ses engagements militaires à la fin de son terme le 31 décembre 1956, il entre dans le comité de rédaction des "Actualités Africaines" avec la recommandation de Pierre Davister.


Il rencontre pour la première fois Patrice Lumumba en juillet 1956 dans les bureaux des "Actualités Africaines". Son premier voyage en europe, il l'effectue en 1958 à l'occasion de sa participation au Congrès de la Presse Coloniale organisé dans le cadre de l'Exposition Universelle de Bruxelles; de retour à Kinshasa, il est nommé rédacteur en chef des "Actualités Africaines".

En 1959, il est retenu comme stagiaire à l'Office de l'Information et des Relations Publiques pour le Congo belge et le Rwanda-Urundi (Infor-Congo). Il suit des cours à la Maison de la Presse de Bruxelles. En septembre 1959, il s'inscrit à l'Institut Supérieur d'Etudes Sociales de Bruxelles après avoir réussi le Jury Central. Loin du pays, il suit néanmoins de près l'accélération du processus de libération. Lorsque les délégués congolais débarquent à bruxelles pour la tenue de la Conférence de la Table Ronde Politique, il se met à l'écoute de son coeur ;

Il rejoint l'équipe du M.N.C.-Lumumba en janvier-février 1960 et est confirmé membre effectif de la délégation du M.N.C.-lumumba à la Conférence de la Table Ronde Economique, Financière et Sociale (26 avril - 16 mai 1960). De retour à Kinshasa le 10 juin 1960, il est nommé le 24 juin Secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil chargé des questions politiques et administratives dans le premier gouvernement constitué par Lumumba.

Lorsqu'éclate début juillet 1960, la mutinerie de la Force Publique, le gouvernement lui confient la mission de pacifier les esprits dans les camps militaires. Le 8 juillet, alors qu'il se trouvait en plaine mission au camp devenu Kokolo un militaire vient à sa rencontre en courant pour lui apprendre qu'un bulletin d'information radiodifusé vient d'annoncer sa nomination en qualité de Chef d'Etat-Major général de l'armée avec grade de Colonel. La lutte ouverte entre le Chef de l'Etat et le Premier Ministre déclenchée le 5 septembre, le conduit à intervenir pour mettre fin à la "chien-lit", comme il le disait.

Il neutralise le, 14 septembre 1960, les hommes politiques en présence et met en place une équipe de jeunes technocrates, le Collège des Commissaires Généraux. Il venait là d'opérer son tout premier coup d'Etat militaire. Il réorganise et restructure l'armée à partir des factions dissidentes de la Force Publique. Promu, le 7 janvier 1960, au grade de Général Major, Commandant en Chef de l'Armée Nationale, il s'attelle à la modernisation et à l'équipement des forces armées. Le 3 novembre 1965, il est nommé au grade de Lieutenant-général de l'Armée Nationale Congolaise.

Le 24 novembre 1965, après le coup d'Etat du Haut Commandement Militaire des Forces Armées, il assume les prérogatives constitutionnelles du Chef de l'Etat. Mobutu nomme comme Premier ministre un militaire, le colonel Léonard Mulamba, et gouverne par "ordonnances-lois", sans aucun contrôle du Parlement. Toutes les activités des partis politiques sont suspendues.

Candidat unique, après élimination physique de tout concurrent potentiel ou déclaré, il est élu à la Magistrature Suprême au suffrage universel direct en 1970, réélu en 1977 et 1984 avec 99,99% de voix. Il a perdu sa première épouse, Antoinette Mobutu, le 22 octobre 1977 et s'est remarié avec Bobi Ladawa le 1er mai 1980, un jour avant l'arrivée du Pape Jean-Paul II à Kinshasa. Il a été élevé à la dignité de Maréchal du Zaïre, par acclamation, au cours d'une plénière du troisième congrès ordinaire (du 6 au 11 décembre 1982) du Mouvement Populaire de la Révolution - Parti-Etat, à la suite d'une motion émanant de l'Ordre des Compagnons de la Révolution.

Il a revêtu les insignes de Maréchal le 19 mai 1983. Selon la Constitution, le Président du Mouvement Populaire de la Révolution est de droit Président de la République. Tous les Congolais, y compris les foetus dans les ventres de leurs mères, étaient membre du MPR-Parti-Etat (Olinga, Olinga te, ozali obele na MPR!). L'animation politique ou la propagande du culte de la personnalité du "Guide éclairé" ou du "Grand Timonier" avait préséance sur la loi ou le droit. Ne pas danser ou chanter pour le Guide était quelque chose que les Congolais n'osaient pas faire en publique, au risque de disparaître sans laisser des trances.

La "zaïrianisation" de 1972-73, vit l'abacost ("à bas le costume") supplanter la cravate européenne, proscrite en même temps que les prénoms chrétiens. Cette "révoilution culturelle" donna le jour aussi au "citoyen" zaïrois. Le mot "monsieur" était seulement utilisé pour désigner un non citoyent, c'est-à-dire ou étranger.

Sous la pression interne et externe Mobutu prononce, le 24 avril 1990, un discours historique, au cours duquel le "Guide" fond en larme ("comprennez mes émotions" sic!) après avoir annoncé l'ouverture au pluralisme politique. Mobutu aura été le seul maréchal de l'histoire à avoir pleuré publiquement pour s'etre contredit.

"De mon vivant, il n'y aura jamais deux partis politique au Zaïre", martelait-il souvent. Anéanti par le cancer de la prostate et l'invasion du pays par les voisins de l'Est, Mobutu a fui le Zaïre, le 16 mai 1997, laissant le pouvoir à Kabila, soutenu par les pays agresseurs.

L'ex-président zaïrois est décédé le dimanche 7 août 1997 dans une clinique de Rabbat au Maroc.

# Posté le samedi 21 janvier 2006 04:36

Modifié le lundi 16 juillet 2007 08:06

Biographie de Pierre Savorgnan De Brazza

Biographie de Pierre Savorgnan De Brazza
Pierre Savorgnan De Brazza est l'un des navigateurs qui s'est chargé, au XIX ème siècle, de l'exploration de l'Afrique centrale, en particulier du bassin du Congo.


PIÉTRO Savorgnan Di Brazza, de son vrai nom, est un italien qui s'est naturalisé français au lendemain de la capitulation de Napoléon III à la bataille de Sedan, le 1er septembre 1870. Cette défaite militaire de la France contre la Prusse, a eu pour conséquence immédiate, la proclamation de la République.


Savorgnan-de-Brazza
Pierre Savorgnan De Brazza est né le 28 janvier 1852 à Rome, précisément à Castel Gandolfo, une commune d'Italie sur le lac d'Albano dans la région du Latium. Il commence ses études à Rome et les achève à Paris où il entre à l'Ecole Navale comme stagiaire étranger. Ayant un faible pour la mer, il finit par intégrer la marine française après sa naturalisation le 12 août 1874.

En 1863, la colonie française du Gabon est créée presque pacifiquement. En 1875, l'officier de marine De Brazza y séjourne. Il est stationné à Port-Gentil. Ses supérieurs lui intiment l'ordre de reconnaître le cours de l'Ogooué que beaucoup d'européens, à cette époque, confondent à celui du fleuve Congo dont l'embouchure avait été découverte par le portugais Diégo Cao en 1482.

Muni de quelques subsides fournis par ses supérieurs hiérarchiques en vue de l'exploration intégrale du profil longitudinal de l'Ogooué, De Brazza quitte Lambaréné (ou centre ouest du Gabon actuel) le 11 janvier 1876. Il remonte le fleuve Ogooué jusqu'à Franceville (aujourd'hui Masuku, au sud-est du Gabon) et s'enfonce jusqu'à l'Alima, un affluent du fleuve Congo. Sur les bords de cette rivière, son escorte, formée entre autres par le sergent sénégalais Malamine, est arrêté par les Bafourous (*).

Ce peuple a gardé un mauvais souvenir des blancs après le passage sans délicatesse, quelques temps auparavant, de Stanley, journaliste-explorateur anglais en mission au centre de l'Afrique pour le compte de Léopold II, roi des belges. Sans faire usage de ses armes, De Brazza recule. Malade et démuni, il regagne la France via Libreville. Il quittait momentanément l'Afrique Centrale avec une ferme conviction : l'Ogooué et le Congo étaient deux fleuves tout à fait différents de la zone équatoriale qui se terminent par des larges estuaires.

En 1878, un comité d'étude du Haut-Congo voit le jour à Bruxelles. Sur l'initiative du roi des belges, Léopold II, ce comité finit par prendre le nom d'"Association Internationale du Congo". Cette association est une fusion de nombreux comités nationaux dont le comité français.

Elle avait un double caractère : un caractère scientifique (en raison de son désir d'investigations géographiques) et un caractère humanitaire (en raison de son action en faveur de l'abolition de l'esclavage qui sévissait encore à l'intérieur du continent noir au XIX ème siècle).

En décembre 1879, déterminé à atteindre le fleuve Congo et après avoir refusé les offres alléchantes du souverain belge, De Brazza repartait en Afrique équatoriale. Cette fois-ci, il effectue sa mission de découverte et d'études des "régions situées entre le Gabon et le lac Tchad" en tant qu'agent du Comité français de "l'Association Internationale du Congo", pourtant initiée par Léopold II.

Pour accomplir sa laborieuse mission au profit de la France, hormis le Comité français (principal commanditaire de cette expédition), De Brazza avait également bénéficié des subventions de la Société Française de Géographie ainsi que de trois ministères (Marine, Affaires étrangères et Instruction publique). C'est pourquoi, ce deuxième voyage, effectué de 1879 à 1881, a été, somme toute, concluant. En effet, c'est au cours de ce voyage qu'il conclut le 10 septembre 1880 un traité "d'amitié" ou de "protectorat" avec le souverain du royaume batéké.

Ce royaume dont le territoire, plus étiré dans le sens de la longitude (d'Ouest en est), s'étendait de l'Est du Gabon au centre Ouest de l'ex Zaïre (R.D.C.) en passant par son territoire, qui enjambait le fleuve Congo, avait une superficie estimée entre 85.000 et 90.000 Km2. Le titre traditionnel du souverain, qui n'était pas un autocrate, était le Makoko. La capitale de ce royaume s'appelait Mbé, une localité située sur la rive droite du Congo, à une centaine de kilomètres au Nord de Brazzaville.

C'est donc à Mbé que De Brazza a signé son fameux traité avec le Makoko (Iloo Mboulignaoh) qui régnait à son arrivée. D'après les clauses de ce traité léonin, le Makoko devait abandonner à la France "ses droits héréditaires de suprématie". Ainsi, De Brazza pouvait profiter de ce traité pour faire du royaume de Makoko un protectorat français. Dès lors, la France, par l'entremise de De Brazza, pouvait prendre possession d'une portion du territoire Téké en particulier les terres de Ntamo.

C'est dans le territoire de Ncouna, situé entre les rivières Impila et Djoué, que De Brazza va installer le 3 octobre 1880, le poste de Mfoa. Ce poste de Mfoa est le point de départ de la future agglomération de Brazzaville. Il laisse ce poste de Mfoa sous la garde du sergent Malamine et de deux matelots. A Mbé comme à Mfoa -(qui ne comptait que dix sept cases)-, De Brazza plante le drapeau tricolore français.

Ce qui va rendre furieux Stanley et Léopold II. Dans sa majestueuse fureur, Léopold II avait juré que "Monsieur De Brazza aura beau se remuer, il ne réussira jamais à faire ratifier son traité. On jouera avec le Congo comme avec un jouet..." Peine perdue ! Car Brazzaville et la colonie du Moyen Congo français vont venir à l'existence.

Avant de repartir en France, De Brazza explore aussi la région du Kouilou-Niari jusqu'à l'Atlantique. Il franchit la rivière Tchiloango et arrive à Landana au Cabinda en Décembre 1880. Il y fait la connaissance de prêtres français : Carrie et Augouard. Ces deux ecclésiastes vont l'aider à occuper les territoires de la rive droite du Congo pour le compte de la France. Fort de cette aide inespérée, De Brazza peut retourner sereinement en France.

A son absence, Stanley aura la désagréable surprise de voir flotter, sur le Kouilou-Niari, la bannière tricolore de la France. Le fidèle Malamine, qui monte la garde, va obliger Stanley et son impressionnante escorte à rebrousser chemin, illico presto. Cette expulsion a lieu le 27 juillet 1881.

Pendant ce temps, De Brazza était sur le chemin du retour en France. Il arrive à Paris en juin 1882 où les milieux officiels lui réservent un accueil mi-figue, mi-raisin. La presse française le prend à partie. Et pour cause ? Les expéditions coloniales avaient désormais mauvaise presse dans l'opinion française. Le parlement français, depuis l'accaparement de l'Alsace et la Lorraine par l'Allemagne, se trouve divisé entre partisans et adversaires de la colonisation.

Cette opposition est incarnée par deux hommes :Jules Ferry et Georges Clemenceau. Leurs divergences d'opinion n'empêchent pas la Société historique d'inviter De Brazza le 31 octobre 1882. Quelques jours plus tard, il est d'abord reçu par l'Hôtel de ville de Paris avant que le conseil municipal ne lui décerne la médaille d'or.

Tout cela aboutit à la ratification du traité de Mbé par le parlement français le 21 novembre 1882. Le 2 décembre 1882, la chambre des députés examine dans le projet de loi des finances une possibilité permettant de remettre en route De Brazza vers le continent noir. Avant ce troisième voyage, De Brazza est promu, le 19 février 1883, lieutenant de vaisseau et commissaire de la République française dans l'Ouest africain.

Durant son séjour parisien, afin de contrecarrer les visées de Stanley, De Brazza prend la précaution d'envoyer au Kouilou-Niari, le lieutenant de vaisseau André Cordier rencontrer Makosso Ma Nsangu, souverain du trône du Loango. Avec un de ses dignitaires, le seigneur Loembe, l'émissaire de De Brazza signe, le 12 mars 1883, le traité qui place ce royaume côtier sous la suzeraineté de la France.

A Bwali (actuelle Diosso) la capitale du royaume, située à mi-chemin entre l'embouchure du Kouilou-Niari et le site actuel de Pointe-Noire, Cordier plante le drapeau français. Et le révérend père Carrie profite de cette opportunité pour implanter à Loango (près de Bwali), le 25 août 1883, la première église catholique du Congo. Son homologue, le père Augouard lui emboîte le pas en fondant, le 20 septembre 1883, la mission catholique de Linzolo, à 30 km au sud de Brazzaville. De ce fait, l'évangélisation du Congo venait de faire ses premiers pas.

Ancien vassal du royaume Kongo, le royaume de Loango était devenu autonome depuis le XVII ème siècle. Il englobait les contrées environnantes de Mayumba au sud-est du Gabon, le Cabinda et une partie au sud-est de l'ex Zaïre (R.D.C.) et l'ensemble du bassin du Kouilou-Niari jusqu'à Loulombo (ex-Dechavannes) au sud de Brazzaville et s'étendait sur la majeure partie sud du territoire du Congo-Brazzaville et faisait frontière avec le royaume Téké. Pour avoir un territoire colonial d'un seul tenant sur la rive droite du Congo et assurer la jonction entre le fleuve et la côte, la France devait négocier sans délai avec tous les chefs locaux de la zone.

L'ayant vite compris, De Brazza va dépêcher plus tard ses fidèles compagnons, auprès des chefs locaux, obtenir pacifiquement des traités de protectorat. C'est ainsi que Charles De Chavannes signe avec Mfumu Nzabi, le 11 juin 1884 le traité qui met le territoire de Manianga sous la protection de la France. Le 17 octobre 1884, Albert Dolisie en fera autant avec le chef Ngaliemé à Essoukou. Avec tous ces traités souvent extorqués tel un puzzle, le territoire du Congo-Brazzaville se constituait peu à peu.

Le troisième voyage de De Brazza débute en mars 1883. Hormis son équipage habituel, De Brazza est accompagné de scientifiques, des agents auxiliaires, des sous-officiers de l'armée et de la marine. Ce voyage a pour mission d'accomplir la création de nouveaux postes et d'assurer le libre parcours sur les fleuves Ogooué et Niari. C'est pendant cette nouvelle odyssée, qu'a lieu la conférence de Berlin du 15 novembre 1884 au 23 février 1885. Cette conférence porte sur le partage à l'amiable des territoires africains entre puissances européennes.

Pour soutenir les intérêts de la France reposant sur les traités obtenus au Congo avec les souverains indigènes mais contestés par Léopold II, De Brazza y envoie discrètement Noël Ballay, un de ses collaborateurs. De Brazza eut gain de cause du fait qu'à l'issue de ce cénacle de délégués des pays colonisateurs, la France obtînt, presque sans coup férir, le droit d'occuper la rive droite du fleuve Congo.

En mars 1885, suite à une cinglante défaite des troupes coloniales françaises au Tonkin, le cabinet de Jules Ferry, principal artisan de l'expansion coloniale française, est mis en minorité par 306 voix contre 149 à l'hémicycle. Son gouvernement est renversé. Du coup, De Brazza se retrouve en semi-disgrâce. pas pour longtemps ! Le 27 avril 1886, un décret le nomme commissaire général du Congo et du Gabon.

Sous son impulsion, le Congo va prendre pendant une décennie environ, la première place dans la diplomatie française. Il veut non seulement contribuer à l'abolition de l'esclavage, mais aussi unifier les territoires déjà acquis, délimiter avec précision la frontière entre les Congo français et belge, et surtout tenter de s'emparer de la Haute Sangha convoitée par les allemands tout en allant à la conquête du Tchad et du Haut-Nil. Plusieurs expéditions vont être lancées pour atteindre ce but.

La plus importante est celle qui a été menée par le capitaine Marchand en Haute-Oubangui. La mission Marchand fut onéreuse et longue. Elle dura plus de trente (30) mois et se heurta aux troupes anglaises de Lord Kitchener à Fachoda (aujourd'hui Kadola) au Soudan qui la stoppèrent net.

En 1897, l'exploration et la conquête du "Congo français", regroupant le Gabon, le Congo et l'Oubangui-Chari étaient achevées. Redoutant un carnage des populations locales, De Brazza s'oppose à l'option du gouvernement de confier imprudemment l'exploitation économique de ces territoires par des sociétés privées.

La suite des évènements va vite lui donner raison. Pour mettre en valeur les 650.000 km2 du "Congo français", la quarantaine de sociétés concessionnaires (qui se sont partagées le territoire) vont, en quelques années, décimer les populations locales. Celles-ci sont victimes du portage et des travaux forcés, des réquisitions violentes et des représailles à la moindre désobéissance.

En janvier 1898, André Lebon, ministre des colonies, place De Brazza "dans la situation de mise en disponibilité". De Brazza trouve cette mesure injustifiée. Il se retire à Alger où il continue de suivre le cours des évènements au "Congo français". Le supplice des indigènes du "Congo français" lui parvient.

Ces atrocités, maintes fois révélées par la presse, sont si grandes qu'elles indignent une partie de l'opinion française.

Les parlementaires réclament une enquête à ce sujet. Pour apaiser le courroux grandissant de l'opinion française, Emile Loubet le président de la République et son ministre des colonies font appel à De Brazza pour mener cette mission d'enquête. Le 5 avril 1905, De Brazza entame à Marseille son sixième voyage au Congo. Ce sera la "mission sans retour". Il tombe malade et tente de regagner la France. En chemin, il meurt le 14 septembre 1905 à 6 heures à Dakar. Il est ensuite inhumé à Alger.

En définitive, De Brazza, s'est beaucoup sacrifié pour son pays d'adoption qu'il a tant aimé et qu'il n'a jamais trahi. Ce citoyen pontifical, devenu par le coup du sort, officier de la marine française aura été un grand artisan de la colonisation française. Ses expéditions périlleuses entre 1875 et 1897 sont à l'origine de la colonie du "Congo français" aujourd'hui, divisé en trois territoires souverains :

le Gabon, le Congo et la Centrafrique. Il est le fondateur de Brazzaville, la seule capitale d'Afrique noire à consonance italienne, ancienne capitale de l'Afrique Equatoriale Française (A.E.F.), ancienne capitale de la France Libre pendant la seconde guerre mondiale, capitale du Congo indépendant, cadre géographique des premiers jeux sportifs africains en 1965, siège de l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) zone Afrique et de nombreuses conférences historiques dont celle de janvier 1944 considérée comme le point de départ probable du processus de décolonisation de l'Afrique francophone.

Le traité qu'il a signé à Mbé avec le Makoko est considéré comme un accord de dupes dans un dialogue de sourds, faute de véritable interprète entre les diverses parties. En effet, De Brazza s'exprimait en français, Malamine est un lettré qui parlait Ouolof et le français, tandis que le Makoko était un analphabète qui ne parlait que son téké. Voila pourquoi, avec le recul, beaucoup estiment que ce traité a été en fait le résultat d'une supercherie préméditée de l'explorateur italo-français et aussi d'un quiproquo pour le souverain indigène.

Quoiqu'il en soit, ce traité controversé ne va pas manquer d'avoir des retombées durables non négligeables. Il est à l'origine de l'A.E.F. et à la disparition progressive du royaume Téké (ou royaume d'Anzico), l'un des mieux structurés de l'Afrique Centrale au XIX ème siècle et même de toute l'Afrique bantoue. Sujet à caution dès sa publication, le traité de Mbé a aussi engendré un sérieux litige diplomatique entre la France et la Belgique.

C'est même ce litige qui a favorisé l'organisation de la célèbre conférence de Berlin au cours de laquelle les puissances européennes accordèrent leurs violons pour dépecer l'Afrique sur papier... avant de tailler, à la hussarde, des territoires grossiers sans tenir compte des réalités préexistantes !

Outre son dévouement patriotique, De Brazza a été aussi un homme pugnace, pacifique et altruiste. Durant tous ces voyages, en dépit de nombreuses hostilités, il s'était abstenu de faire couler du sang humain...fut-il celui des noirs ! C'est pourquoi il témoignait :

"L'Afrique rend la guerre à qui sème la guerre ; mais comme tous les autres pays, elle rend la paix à qui sème la paix. Ma réputation allait devant moi, m'ouvrant la route et les c½urs..." Son combat pour l'abolition de l'esclavage des noirs était sincère. A ce sujet, il avait une fois déclaré :

"La question de l'esclavage est une question complexe. On se trouve à chaque instant en présence de difficultés presque insurmontables. Soutenir l'honneur d'un pavillon qui arrache leur proie aux négriers n'est pas chose facile, quand on ne peut pas, quand on ne veut pas employer la violence..."

Le souvenir de De Brazza demeure indélébile au Congo. Le 3 octobre de chaque année, on évoque son histoire lors de la célébration de l'anniversaire de Brazzaville. En septembre 2003, son petit-fils, le professeur Pirzio Detalmo a séjourné à Brazzaville où il a été accueilli dans les milieux officiels.

A présent, sous l'initiative du président Denis Sassou Nguesso, on envisage le transfert des restes de De Brazza d'Alger à Brazzaville en 2005.
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# Posté le samedi 21 janvier 2006 04:52

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:24

TEMOIGNAGES AFRICAINS SUR LES DEBUTS DE LA COLONISATION

L'ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO ET LE TRAVAIL FORCE DU CAOUTCHOUC

Lorsque vivaient jadis nos ancêtres, ils ne connaissaient pas des Blancs. Sur ces entrefaites, les Riverains qui habitaient les bords des cours d'eaux, virent des gens blancs en train de voguer à bord d'un bateau. On les appelait des mânes [ = les esprits]. Ces Blancs étaient accompagnés de leurs hommes noirs. Puis, on commença à leur lancer des pierres dans le bateau.

Et ils criaient: « Nous ne voulons pas la guerre, d'ailleurs nous avons des lances plus nocives ». Après cela, ils sont venus s'installer à Bolondo. Nos ancêtres n'en étaient pas d'accord et les combattirent. On s'est battu 3 fois. (...) c'était une guerre très meurtrière. (...).


Là-dessus, les Blancs ordonnèrent la récolte du caoutchouc. Les ancêtres répondirent: Nous n'en savons pas les méthodes. Les Blancs répondirent : Quoi, allez-vous nier que vous n'avez pas de lianes à latex ? Si vous refusez cette corvée, eh bien, on va vous tuer. Il s'en est suivi une épreuve de force. Les Blancs arrêtèrent un homme et l'attachèrent contre un arbre, puis le fusillèrent. Devant ce spectacle, les ancêtres sont entrés dans la forêt récolter le caoutchouc. Ce n'est pas qu'ils n'en connaissaient pas la récolte, mais ils refusaient tout simplement cette corvée. Finalement ils sont venus montrer aux Blancs la boule de caoutchouc et le Blanc en était d'accord. Ils tuaient les ressortissants d'un village qui n'avait pas récolté assez de caoutchouc et coupaient leurs mains.

Pierre BOTONDO, village de Bolondo, province de l'Equateur, témoignage oral recueilli en 1953.
Voir le texte complet et d'autres témoignages sur le site de aequatoria

L'ARRIVEE DES BLANCS AU CONGO, LA GUERRE ET LE TRAVAIL FORCE (TEMOIGNAGE)

Quand le Blanc arriva, je le vis moi-même, je ne l'ai pas entendu des autres.
Quand vous Blancs êtes arrivés, vous n'êtes pas arrivés pour vous battre, mais pour acheter de l'ivoire. Et vous vous êtes battus contre nous parce que nous vous avons provoqués. Nous vous appelions "bambulumbulu". A Ikuwa on a tué un homme d'un coup de fusil devant mes yeux. Les Blancs passaient en "itukutuku", un canot. Il les provoqua. Ils tirèrent sur lui de la rivière et il mourut. Le nom de cet homme est Iluwa. C'est là le début de la guerre entre nous et les Blancs, parce que Iluwa leur tirait des flèches.
Dans la lutte contre les Blancs nous n'étions pas forts. Nous avons fui. (...)

Après on nous dit: « acceptez la paix et faites du caoutchouc ». Nous l'avons acceptée et nous avons fait du caoutchouc. Nous prenions la sève du caoutchouc et la frottions sur le ventre. Quand elle était coagulée. nous l'enroulions en boule. Mais quand ce caoutchouc arriva chez les Blancs ils n'en voulurent pas parce qu'il était rouge : dans ce temps nous nous enduisions du fard rouge. Le Blanc nous apprit à le faire autrement.

Nous devions mettre la sève du caoutchouc en un pot et la mélanger avec du bosanga. Il y eut trois Blancs pour qui nous avons fait du caoutchouc (...) Et à chaque livraison ils tuaient quatre hommes, et à chaque panier de caoutchouc ils ajoutaient quatre mains d'hommes qu'ils avaient tués, ils mettaient ces mains au-dessus du panier et les envoyaient ainsi à Ntange, Wilima et Ikomakoma à Mbandaka. Mais les Ikuwa étaient mécontents et fâchés de ces tueries et s'enfuirent, le village mourut complètement, sans âme qui vive.

Jean Elima, du village de IKUWA, province de l'Equateur, témoignage recueilli en 1953.
TEMOIGNAGES AFRICAINS SUR LES DEBUTS DE LA COLONISATION
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# Posté le samedi 21 janvier 2006 05:05

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 05:24